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Reread The Plague in times of pandemic

"This brutal separation, flawless, without foreseeable future, left us disconcerted, unable to react against the memory of this presence, still so close and already so distant which now occupied our days. "- The Plague.

Caught in the net of COVID-19 like everyone else and in an attempt to find meaning, even if it probably does not have any, Albert Camus and his famous novel The plague are often summoned. He imagined a city, Oran in Algeria, locked in quarantine to counter the plague.

Illness and contagion are a scandal, according to Camus, especially when it kills children. In the case of COVID-19, children appear to be less at risk than the elderly. Is the scandal less because old people are often considered useless, whose diseases of old age - various senilities, multiple handicaps of the body - make them less attractive? These older people that we park in residences to forget them. As the saying goes: "far from the eyes, far from the heart". But viruses, like a haze, intrude on and reveal malfunctions of immune and health systems. The scandal is that of death for want of empathy and because of systemic neglect.

In Camus's novel, there is a long passage that could be summed up by the idea of ​​a struggle between everyone's desire for happiness and the abstraction that the plague represents. People caught within the confines of the plague-stricken, and confined city, separated from their loved ones, lovers who can no longer meet, children who cannot take care of their old parents must, therefore, submit to an abstraction. However, as the hero of the novel points out: "But when abstraction begins to kill us, we must take care of abstraction". (p.85). In his play, The Just Assassins (1949), Camus returns to this idea of ​​abstraction which would oppose the desires and inclinations of the human person. Still, the abstraction this time is an idea, that of revolution accompanied by those of justice and equality among men, and the whole play vibrates with this tension between such thoughts that encourage action and hope, and individual sensitivity, personal singularity, and the scandal of murder and death. There is a dignity of the human person that the pandemic has undermined while revealing it. To guard against an out of control infestation that would make health systems inoperative, to protect us from possible death, the authorities, almost everywhere on the planet, impose a kind of exile from ourselves.

In this novel, the imposed quarantine brings exile to people. I am not sure this term is the best, as it would reduce the suffering of true exiles for political or economic reasons. However, Camus specifies that confinement makes us experience the pain that all refugees and prisoners feel: "living with a memory that is useless" (p.72). We are exiled from our own life, as expropriated from ourselves, by this abstraction that kills because we only have the memory of a "life before", you could say. We are caught between the desire to go back or to project ourselves forward - when there will be a vaccine, when there will be medication, etc. The drama of confinement, that even deconfinement does not abolish, is the horizon without opening, without potential; it's the finite future rather than the infinite. We realize that the future was there, virtual, when now we no longer know what the future will be like.

Relire La peste en temps de pandémie

 

« Cette séparation brutale, sans bavures, sans avenir prévisible, nous laissait décontenancés, incapable de réagir contre le souvenir de cette présence, encore si proche et déjà si lointaine qui occupait maintenant nos journées. » - La peste.

Pris dans les rets de la COVID-19 comme tout le monde et pour tenter d’y trouver un sens, même si, probablement, il n’y en a pas, Albert Camus et son fameux roman La peste sont souvent convoqués. Il a imaginé une ville, Oran en Algérie, enfermée dans une quarantaine pour contrer la peste. 

La maladie et la contagion sont un scandale surtout quand elle tue des enfants. Dans le cas de la COVID-19, les enfants semblent moins à risque que les personnes âgées. Le scandale est-il moindre parce qu’il s’agit de vieux souvent jugés inutiles, dont les maladies de la vieillesse – sénilités diverses, handicaps multiples du corps  – nous les rendent moins attrayants ? Ces vieux que nous parquons dans des résidences afin de les oublier. Comme le dit le dicton : « loin des yeux, loin du cœur ». Mais les virus, comme une brume, s’immiscent dans les anfractuosités des systèmes immunitaires et de santé et en révèlent les dysfonctionnements. Le scandale est celui de la mort par défaut d’empathie et pour cause de négligence systémique.

Dans le roman de Camus, il y a un long passage qui pourrait se résumer par l’idée d’une lutte entre le désir de bonheur de chacun et l’abstraction que représente la peste. Les personnes prises dans les limites de la ville pestiférée et confinée, séparée de leurs proches, les amants qui ne peuvent plus se rejoindre, les enfants ne pouvant prendre soin de leurs vieux parents doivent donc se soumettre à une abstraction. Toutefois comme le héros du roman le fait remarquer : « Mais quand l’abstraction se met à nous tuer, il faut bien s’occuper de l’abstraction ». (p.85). Dans sa pièce de théâtre, Les justes, Camus revient sur cette idée de l’abstraction qui s’opposerait aux désirs et penchants de la personne humaine, mais cette fois l’abstraction est une idée, celle de la révolution, accompagné de celle de la justice et de l’égalité entre les hommes et toute la pièce vibre de cette tension entre de telles idées qui font agir et espérer et la sensibilité individuelle, la singularité personnelle et le scandale du meurtre et de la mort. Il y a une dignité de la personne humaine que la pandémie a mise à mal tout en la révélant. Pour nous prémunir contre une infestation hors contrôle et qui rendrait les systèmes de santé inopérants, pour nous protéger contre la mort possible, les autorités, presque partout sur la planète, nous impose une sorte d’exil en nous-mêmes. 

C’est là une autre idée phare du roman à savoir que la quarantaine imposée nous apporte l’exil. Je ne suis pas certain que ce terme d’exil soit le meilleur, car ce serait amoindrir la souffrance des exilés pour raisons politiques ou autres. Toutefois, Camus précise que le confinement nous fait éprouver la souffrance que ressentent tous les exilés et prisonniers, celle « de vivre avec une mémoire qui ne sert à rien » (p.72). Nous sommes exilés de notre propre vie, comme expropriés de nous-mêmes, par cette abstraction pourtant tueuse parce que nous n’avons plus que le souvenir d’une « vie d’avant », pourrait-on dire. Nous sommes pris entre le désir de revenir en arrière ou de nous projeter en avant – quand il y aura un vaccin, quand il y aura des médicaments, etc. Le drame du confinement et que même le déconfinement n’abolit pas, c’est l’horizon sans ouverture, sans potentialités; c’est l’avenir fini plutôt qu’infini. Nous réalisons que l’avenir était là, virtuel, alors que maintenant nous ne savons plus de quoi sera fait le futur.

Releer La peste en tiempos de pandemia

“Esta separación brutal, sin límites, sin futuro previsible, nos dejaba desconcertados, incapaces de reaccionar contra el recuerdo de esta presencia todavía tan próxima y ya tan lejana que ocupaba ahora nuestros días.” – La Peste

 

Atrapado en la red del COVID-19 como todos los demás, y en el intento de encontrarle un significado, aún cuando probablemente no lo tuviera, Albert Camus y su famosa novela ‘La Peste’ son citados con frecuencia. Imaginó una ciudad, Oran, en Algeria, confinada en cuarentena con el fin de contrarrestar la peste.

               

De conformidad con los dichos de Camus, la enfermedad y el contagio constituyen un escándalo, en especial cuando se lleva la vida de niños. En el caso del COVID-19, los niños parecieran tener un riesgo menor al que tienen los adultos mayores. ¿El escándalo sería menor, ya que la gente mayor con frecuencia es considerada poco útil, cuyas enfermedades de la tercera edad –diferentes tipos de senilidades, múltiples discapacidades corporales- los tornan menos atractivos? Esos adultos mayores, a quienes alojamos en residencias de ancianos para olvidarnos de ellos. Como dice el dicho: "ojos que no ven, corazón que no siente". Pero los virus, como la niebla, se cuelan y revela la disfunción del sistema inmunológico y del sistema de salud. El escándalo es el de la muerte por empatía y por la negligencia sistémica.

 

En la novela de Camus existe un fragmento que puede ser resumido por la idea de la lucha entre el deseo de felicidad de la gente y la abstracción que representa la peste. La gente atrapada por el confinamiento a causa de la afectación de la peste, la ciudad confinada, personas separadas de sus seres queridos, amantes que no ya no pueden verse, hijos que no pueden cuidar a sus padres mayores deben, por lo tanto, someterse a una abstracción. Sin embargo, como el héroe de la novela indica: "Pero cuando la abstracción comienza a matarnos, debemos ocuparnos de la abstracción.” (pág. 85). En su obra teatral “Los Justos” (1949), Camus retoma su idea de la abstracción, que se opondría a los deseos y a las preferencias de las personas humanas. Sin embargo, la abstracción en esta ocasión representa una idea, la de la revolución, acompañada por la justicia e igualdad entre las personas; y la obra completa fluctúa entre esta tensión entre dichos pensamientos que incentivan la acción y la esperanza, la sensibilidad individual, la singularidad personal, y el escándalo de los homicidios y de las muertes. Existe una dignidad de las personas humanas que la pandemia ha indeterminado al mismo tiempo que ha revelado. A los fines de evitar una infestación que torne los sistemas de salud inoperativos, y de protegernos de una posible muerte, las autoridades, prácticamente en todo el planeta, imponen un cierto exilo de nosotros mismos.

 

En esta novela, la cuarentena impuesta conlleva el exilio de las personas. No estoy seguro de si este término es el mejor, considerando que reduciría el sufrimiento causado por los exilios que ocurren en la realidad por cuestiones políticas o económicas. Sin embargo, Camus especifica que el confinamiento nos hace experimentar el dolor que sienten los refugiados y los prisioneros: "viviendo con un recuerdo que es inútil" (pág.72). Somos exiliados de nuestras propias vidas, como expropiados de nosotros mismos, por esta abstracción que mata, ya que podría decirse que solo contamos con el recuerdo de una “vida anterior”. Estamos atrapados entre el deseo de volver atrás y de proyectar nuestra vida en adelante: cuándo estará la vacuna, cuándo habrá una medicación paliativa, etc. El drama que implica el confinamiento, que ni siquiera el fin del confinamiento erradica, es un horizonte sin apertura, sin potencial; es el futuro finito, más que el infinito. Nos damos cuenta de que el futuro estaba allí, virtual, cuando ahora ya no sabemos cómo será el futuro.

 

 

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 Camus, A. (1947) The plague. All citations are from the French edition and are my translation.  

 In Canada and particularly in the province of Quebec, which accounts for more than half of the country's total cases, the elderly in long-term care residences account for 81% of all deaths, according to a statistic published in an article in the daily newspaper. Le Devoir of July 4, 2020: https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/581902/chsld-douloureux-rappel-al-ordre

Camus, A. (1947) La peste. Paris : Gallimard, coll. Folio, p. 70. Toutes les citations proviennent de cette édition.

Au Canada et particulièrement dans la province de Québec qui compte pour plus de la moitié des cas totaux au pays, les personnes âgés dans des résidences de soins de longue durée comptent pour 81% de tous les décès selon une statistique publié dans un article du quotidien Le Devoir du 4 juillet 2020 : https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/581902/chsld-douloureux-rappel-a-l-ordre 

Jean Gagnon
Canada